Depuis environ 10 semaines, Haïti se trouve dans un contexte très difficile, des mouvements de protestation intenses, des personnes atteignent des projectiles et tuées par balle ou autres, des entreprises nationales qui font faillite ou victimes de pillages, et des entreprises internationales qui font leurs retraits, ce sont ces quelques faits qui justifient cette instabilité chronique. Une situation bien entendu qui ne date pas d’hier, car pour parler de cette crise conjoncturellement, ceci pourrait être remonté depuis les soulèvements du 6-7 juillet 2018 et depuis lors, on a l’impression que le pays vit dans un calme apparent parce qu’à n’importe quel moment la situation pourrait être renversée, et de fait elle est renversée…

Ça existe dans toutes les sociétés, lorsqu’un pays traverse des moments de crise, des personnes autorisées sont invitées à prendre la parole, soit pour calmer le mouvement, pour le renforcer ou pour simplement casser le rythme du mouvement. Ces voix sont le plus souvent des hommes politiques, des hommes de la société civile ou des artistes, dans notre cas c’est un artiste. Il s’agit de Blaze One, reconnu pour son engagement à travers des textes les uns plus radicaux que les autres, jusqu’à son dernier texte intitulé : « Kraze lit la ». Mais sans vouloir contredire l’opiniâtreté de l’artiste, il convient de faire quelques constats.

Le problème c’est qu’on a du mal à cerner la position du rappeur, pas pour autant qu’il est « abolotcho ». Les consommateurs sont un peu fourvoyés, jusqu’à demander ; est-ce qu’il est un artiste détourné, dérouté ou encore frustré ?

Primo ; on constate que le titre est accablant « Kraze lit la ».  On cherche la réalité, tant sur le plan conjoncturel que sur le plan structurel. Voyons avec le conjoncturel, le pays a connu des soulèvements du 6-7 juillet 2018 et depuis lors il y a une peur bleue au sein de la société, comme on l’a évoqué dans les lignes précédentes, en moyenne, on a une tension politique trimestriellement. En quelques sortes c’est une lutte, pouvons-nous dire que quelques personnes ont brisé cette lutte ? Ceci explique que le titre n’est pas venu au bon moment, car dans un contexte où tout le monde fait entendre leur voix, presque tous les secteurs de la vie nationale, les différentes couches de la population revendiquent leur droit, qui selon eux, semble être bafoué. Donc, il n’y a pas à sortir de là c’est une lutte menée par la population ou par une frange. Certainement, il peut y avoir des leaders mais en grande partie, c’est le peuple qui lutte.

Et même sur le plan structurel, on a deux grandes périodes pour répéter l’historien Michel Soukar à savoir, 1954- 1986 qui marque le commencement de la décadence de la société Haïtienne sur le plan politique, social et économique avec le Président Paul E. Magloire en passant par le Régime Duvaliériste (1971-1986), et la Crise historique contemporaine de 1986 à nos jours. Une lutte à plusieurs dimensions qui a été menée par plusieurs personnes, est-ce de cette lutte que veut parler l’artiste ? Si oui, est ce qu’on peut parler de « kraze lit la ».

Deuxio, il tire à boulet rouge sur quelques autres artistes comme quoi certains d’entre eux auraient pris de l’argent pour affaiblir jusqu’à briser la lutte, aussi paradoxale que cela puisse paraître, l’artiste semble n’être pas en mesure d’assumer ce qu’il dit; étant épinglé dans la vidéo Doc Filah, le Rappeur du groupe Magik Klik a réagi sur son compte Twitter pour dire : « Blaze One se yon atis ki travay anpil e ki merite respè. Men fok li konsyan, lit sa ka p mennen an se lit pèp Kiskeyen an, se pou lè lot Ayiti a resisite pou bèl atis nou yo Pa kontante yo ak yon jwen aprè chak prestasyon. Kidonk lit sa Pa ka kraze. Yon lòt kote, li Enpotan pou menm lè atis la ap eseye sezi yon momentum pou l soti yon mizik, li pi byen pou l evalye sa la p di yo pou l pa koze tò san rezon ».

Et le pire Blaze One rétorque sur son compte d’Instagram ainsi :  »Ma p salye tout moun nan non Granmèt la. Ma p di Doc Filah ansanm ak lot atis ki parèt nan dènye vidéo mwen an, imaj nou pa itilize kòm moun ki kraze lit pèp la Jan nou panse l la ». Plus devant il nous  fait savoir qu’il n’était  même pas au courant quand le réalisateur a fait paraître le portrait de quelques artistes dans la vidéo… bref; c’est la preuve d’une incohérence, tout simplement.

Tercio, il a nommément cité des personnalités publiques comme Youri Latortue, Joseph Lambert, Réginald Boulos et Dimitri Vorbe, respectivement Sénateurs, homme d’affaires et membres du Secteur privé, en leur disant qu’ils sont des bonbons empoisonnés pour la lutte, alors que ce même artiste dans sa meringue (Carnaval) 2019 intitulée « bal nan tèt »,  il avait salué le Sénateur Youri Latortue comme sponsor et maintenant ce Sénateur est l’objet de carte rouge pour la lutte. Pourquoi ce changement de position ? Joseph Lambert, qu’il a aussi pointillé, on ne voit pas l’intérêt, puisque, ce monsieur a brillé par son absence. Réginald et Dimitri, peut-être il sait de quoi il en parle, mais sans être explicite dans le titre.

Donc un ensemble de points énoncés par l’artiste les uns plus divergents que les autres, et on n’arrive pas à identifier de quelle lutte parle ou veut parler l’artiste.  Est-ce la lutte menée par une partie de la population ou celle menée par les antagonistes ?

Finalement, on pense que dans le monde musical Haïtien, il y a une absence d’engagement, manque de position tel artiste est de droite, tel artiste est de gauche, tel autre du centre ou tout simplement l’artiste cherche un moment pour créer un « buzz ». En 3 minutes 56 secondes l’artiste n’explique pas vraiment la lutte qu’il entend selon lui, que l’on a cassé. Peu importe les manipulations ou financement, l’essentiel il y a une lutte, et on n’a pas l’impression qu’un click peut casser ou briser cette lutte sans que la victoire ne soit pas triompher par la majorité. Peut-on dire que le Rappeur a raté l’occasion de se taire ?

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